2021/07 Récit : Ultra Trail Di Corsica

L’aventure se déroule à Corte, citadelle fortifiée, symbole d’une Corse indépendante et devenue depuis une citée universitaire. Nous sommes au centre des montagnes Corses, une chose est sûre, ici rien ne sera facile.

22h50, jeudi 8 juillet, l’atmosphère est électrique, environ 200 coureurs cette année pour affronter le bocca Crucchetta et autres Bocca Alle Porte. Lambert Santelli en tout humilité nous souhaite bonne course et bon courage (il détient tout de même le record de la course en 15h41 !!! Et a récemment mis tout le monde d’accord sur le GR20), je suis impressionné de le voir à quelques mètres de moi !! Je viens de discuter avec JC, un copain de Cotentrail inscrit sur le 70km et venu voir le départ, ça fait du bien de rencontrer une tête connue 😀.

Pour rien vous cacher je suis un peu « pété de trouille » à l’idée de partir gambader 1 voir 2 nuits dans le maquis et la caillasse Corse. Je ne suis pas très téméraire en réalité : « pourquoi je m’inflige ça, au lieu de siroter tranquillement des Pietra 🍺 au camping… », mais ce qui m’inquiète plus encore, c’est cette satanée blessure à la malléole interne que je traîne depuis 3 semaines. Pour résumer j’ai voulu courir un trail « la Brizeuse » dans mon Cotentin adoré (trail très convivial mais malgré tout sélectif). L’envie de remettre un dossard après des mois d’attente, et forcément j’ai tapé dedans comme un « neuneu », trop content de retrouver les copains et cette ambiance si particulière de course locale. Résultat : en forme j’étais dans les 10, je me suis paumé, 5 bornes en plus et depuis cette fichue blessure que je n’arrive pas à identifier (j’ai pourtant eu l’impression de faire le tour de la bobologie du bipède 🤕)…Voici donc la raison qui fait monter mon trouillometre à 10/10 car si j’ai eu du mal à marcher cette semaine au camping ⛺ (« Chez Bartho » top camping de montagne 👍) comment pourrais je courir un trail si exigeant ?

Retour à la course, 5…4…3…2…1 : les chants Corse à fond, les fumigènes qui embrument les rues de Corte, je ne peux plus reculer, c’est parti pour une trentaine d’ heures d’efforts…

Corte -> Calacuccia : 33km / 2200m D+

L’ambiance est terrible dans la rue principale de Corte, je tape dans les mains de mes filles et de Sophie. Fini les questions et place à l’action, après un passage par la citadelle de Corte, la course débute de suite avec 1400m de d+ d’entrée, comme les organisateurs aiment le dire « bienvenue en Corse » !! La montée se fait au rythme du peloton, personne ne parle, ne double non plus, ne pas se cramer semble le leitmotiv de chacun. On mange de la poussière, le terrain est sec, la nuit est fraîche. Les 6 km de montée avalés, arrive la seule partie roulante sans caillou du parcours jusqu’au ravito de Boniacce, il faut courir et « vlan » la douleur aiguë à la malléole me saisit, punaise je fais quoi !? Bin je cours pardi, en ayant le prochain ravito comme échappatoire et retour direct au duvet comme le lâche que je suis (oui j’ai une très haute estime de moi dans ces moments là 😅)… Manque de bol, la douleur se calme et j’ai même l’impression de pouvoir continuer à courir, j’ai du mal à y croire mais je saisis ma chance… Boniacce passé, j’attaque une première descente technique, me fait doubler (le Corse descend extrêmement bien !!). Ensuite une bonne surprise, je tombe sur mon voisin de camping, Benoît (34ieme en 25h25), avec qui on fera route commune jusqu’à Calacuccia au petit matin en discutant.

Calacuccia -> Vergio 27km / 2550m D+

Arrivé au ravito de Calacuccia, je prends le temps de vider les speedgoat, d’avaler une soupe et de remplir les gourdes. Et hop j’attaque à l’aube et plein d’entrain le gros morceau de la journée « le boca Crucetta » point culminant de la course à 2450m, lieutenant du « Monte Cinto » sommet de l’île de beauté. Benoît est parti devant, trop fort pour le suivre et en plus je suis sur le frein, chose que je regrette à la fin en depassant de 3h mon objectif 🥴. La montée se décompose en 2 parties, une première partie jusqu’au refuge qui se veut agréable et une 2ème abrupte et minérale…🥵

J’apporte une attention particulière à la gestion de l’eau car si elle est en abondance en montagne, il faut la choisir pure et non souillée par le bétail. Je m’appuie sur les conseils de coureurs locaux (Merci Ange, dossard 176) avec qui j’apprends le nom des sommets et des difficultés à venir. Arrivée au refuge, les choses sérieuses commencent, par endroit c’est limite de l’escalade.

La partie sommitale restera un moment magique, j’arrive à la première arrête que je pense être le sommet mais en fait se trouve caché derrière un lac d’altitude entouré de névés et pierriers. Cette vision accompagnée en fond sonore du balai d’un hélicoptère est tout bonnement inoubliable !! Je me sens vivant et incroyablement fort, quelle sensation…

Une fois le lac contourné, l’ascension se termine par 100m de d+ dans un pierrier où tu avances d’1 pas et recule de 3 tellement les petits cailloux se jouent de toi… le concurrent devant moi descendra 10m d’une traite sans pouvoir se contrôler. On hallucine tous d’avoir la chance de vivre ça. Enfin arrive le sommet avec ce sentiment d’accomplissement et d’extase devant la beauté des lieux. Juste énorme !!

La montée était raide mais la descente est juste un truc de déglingos !! Je n’en reviens pas de voir le GR20 passer par là !! Tu m’étonnes que ce GR soit réputé dans le monde entier, les gars qui ont tracé ça ont dû sérieusement abuser de la liqueur de myrte !! Y a tout bonnement pas de chemin, et les cailloux sont énormes !! Mais qu’on ne s’y trompe pas, l’étincelle présente dans les yeux des randonneurs et traileurs croisés est juste la preuve de l’énorme pied👣 ressenti. Un grand merci aux Corses de maintenir leur île si belle et préservée ❤.

Petite pause au Ravito de Balonne où je croise Carole et Tof, bénévoles super sympas et d’une bonne humeur communicative (comme l’ensemble des bénévoles de cette course !!). Ma douleur me laisse tranquille et j’ai la base vie de Vergio en objectif. Les feus sont au vert avant d’attaquer la montée de « Ciottulu di i mori ». Une franche montée « droit dans le pentu » et sous le soleil.

il faut repérer les jalonnettes jaunes, balisage de la course
Les passages de névés sont fréquents

J’arrive au sommet pas trop amoché. Mais voici ma grosse bourde de la journée : tellement content de trouver de la Saint Yorre fraîche en haut, je bois goulument et repars la fleur au fusil heureux comme un gamin…Je descends vers Vergio, et là au bout d’1/2 heure je m’aperçois que j’ai oublié mes bâtons en haut, argghhhh qu’est-ce que je suis con !! c’est pas possible 😖… 2 solutions : remonter les 300 de d+ en plein cagnard ? Non au dessus de mes forces ! Ou continuer l’aventure sans…chose que je fais la mort dans l’âme…ça me casse un peu le moral mais pas le choix. Je cherche sur le chemin un bâton de bois, en trouve un, qui casse au 2ème appui…je laisse tomber. J’arrive enfin à la base vie de Vergio. Je récupère mon sac, me noke les pieds, mange une soupe trop salée, remplis les bidons. Je suis en train de me gaver de charcuterie lorsqu’un coureur arrive et s’écrie « dossard 126, j’ai tes bâtons !! » Tout le monde hallucine, le gars s’est farci mes bâtons pendant la descente, un grand merci à ce coureur hélas anonyme. Ça m’a redonné la patate 😄, il est temps de repartir, je suis lent et je suis resté 3/4 d’heure, un peu trop…

Vergio -> Grotelle 25,5km / 1350m

C’est reparti direction le lac de Ninu, la montée est assez douce et sans difficulté, hormis un vent de côté assez fort mais qui a le mérite de nous rafraîchir. Nous sommes 4 à nous relayer. L’arrivée au lac est toujours aussi sublime. C’est certainement l’endroit le plus paisible du monde. Les pozzines apparaissent comme une anomalie dans ce décor minéral d’altitude. Ici le temps semble s’arrêter, c’est magnifique.

Petit arrêt au ravito de Ninu, et je repars bien décidé à suivre un coureur qui vient de me doubler et semble avoir un bon rythme. Au bout de 800m, je pense à mes bâtons, regarde mon carquois et là je m’insulte comme pas possible !! Mais que je suis con, trop con décidément 🤬😤…j’ai encore oublié mes bâtons, ce coup ci j’y retourne à bonnes enjambées, sans cesser de m’insulter 😄… après un bon « chambrage » au ravito, c’est de bonne guerre, je repars direction vers un sommet que je connais et affectionne particulièrement le « bocca Alle Porte ».

Je double un coureur au refuge situé au pied du bocca, élongation au mollet, le pauvre ça va être long si il souhaite finir. Ensuite je ferai toute la montée seul, introspection à fond, je suis zen. Au milieu je trouve une fontaine indiquée par l’orga, ça me donne de l’énergie pour attaquer la fin de la montée constituée de grosses caillasses, je range les bâtons, l’objectif est de photographier le coucher de soleil en haut.

Une fois au sommet, la descente proposée par l’orga est assez périlleuse surtout à la nuit tombante. La vue sur les lacs de Capitellu et Melu est majestueuse. Je suis content car je rejoins 3 coureurs, signe de bonne forme.

Passage au « bocca Sogglia » pour un pointage, puis descente effrénée vers le ravito de Grotelle. La descente est tortueuse, il faut rester vigilant malgré la fatigue, déjà 24h de course. Je descends avec un coureur Corse (anonyme malheureusement) qui a en guise de bâton des bambous, agréable au bruit sur les cailloux, mieux que le métal de mes bâtons. Nous passons à la corde un cours d’eau agité, qui en pleine nuit est impressionnant !!

Enfin arrive Grotelle, ça commence à sentir bon la fin. Une dame au ravito est à mes petits soins, quelle gentillesse après des heures de service, merci encore 👏. Je ne m’arrête pas longtemps et repars avec Pierre Roland un coureur qui me propose de finir la dernière partie de nuit ensemble.

Grotelle -> Corte 23km / 1000m

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Cette dernière partie n’est pas ma préférée de la course car la montée au plateau d’Alzu est raide, de plus je me suis bien retordu le pied en éversion ce qui a réveillé vivement ma douleur. Avec Pierre Roland on s’encourage, les 12 derniers km sont annoncés en 3h00 ce qui franchement m’ hallucine !! Et effectivement nous mettons 3h, un peu long ma fois mais nous discutons et ne sommes plus en mode compétition, chose que je regretterai après coup…

Enfin nous apercevons les lumières de Corte, il est 5h du matin, nous tombons pile poil en sens inverse des traileurs du 70km. C’est excellent, car nous les encourageons et eux nous félicitent, j’ai une grande pensée pour JC, Pauline et Nicolas qui sont dans le troupeau (ils seront tous finishers, bravo à eux !! avec une grosse perf pour Pauline qui termine en 14h20 6ieme féminine pour sa premiere grosse course en montagne, chapeau madame 💪💪💪).

Les filles m’avaient prévenu qu’elles seraient à l’arrivée quelque que soit l’heure 🥰, l’arrivée dans la rue principale de Corte 30 heures après est un régal, je claque dans les mains d’Elsa, Anna et Sophie et Anna m’accompagne pour le franchissement de la ligne, que du bonheur… Ça y est, l’UTC est dans la banette à souvenirs, parmis les plus beaux à coup sûr… 64ieme en 30h, note pour plus tard, faut vraiment que je tape un peu plus dedans car je prends trop de marge et suis déçu après, c’est dur de trouver l’équilibre entre maîtrise et pétage complet…

Ce trail est un must, à coup sûr !! Le terrain de jeu est fantastique mais derrière ce sont des hommes et des femmes amoureux de leur terre et de notre beau sport qui font de l’UTC assurément l’une des plus belles courses, un grand merci 🙏 !!!

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