2019/07 Récit : Restonica trail

4h45, 6 juillet 19, j’ai la boule au ventre, je suis seul dans la rue principale de Corte (centre historique de la Corse), enfin… seul entouré de Corse, ils sont joyeux, bronzés, ils se claquent tous la bise, l’ambiance est vraiment familiale, j’aime cette atmosphère… Les filles dorment au camping « chez Bartho », juste derrière la Citadelle qui se dresse en haut de la vieille ville.

Un joli profil
Ambiance festive !!

Pour être franc, la distance et le dénivelé ne m’angoissent pas trop, 70km et 4000mD+, je connais, en plus j’ai réalisé à peu près l’entrainement que je souhaitais (hormis les quelques soirées arrosées du mois de Juin…faut savoir partager 😉 ). Non ce qui m’inquiète c’est la technicité du terrain et la chaleur étouffante que l’on nous prédit. Le speaker nous encourage à nous rafraichir le corps dès qu’un point d’eau se présente. L’âpreté du terrain je la devine, de par les anecdotes des copains de Cotentrail, de par notre séjour l’an passé du coté de Bavella mais également par les discussions la veille au camping avec des coureurs. Une retient mon attention tout particulièrement, un coureur d’expérience originaire de Millau avec 10 Restonica à son actif (fait partie de l’équipe des bénévoles cette année) qui connait le profil par cœur,  me met en garde avec des conseils avisés et m’explique qu’il court les 100Km de l’endurance trail des Templier en 12h30, soit son meilleur temps sur la Restonica 30km et 1000m de moins…ça laisse songeur…

ça grimpe dur dès le début…

5H00, les chants Corses et les fumigènes donnent le top départ, quelle ambiance !! J’ai «découpé» ma course en 3 parties, la 1ère ne fait que 6,2km !! c’est drôle, la raison est le mur de 1400mD+ à avaler comme ça, sans préliminaire…Après 800m de goudron pour sortir de Corte, on grimpe à la « queue leu leu » l’objectif est de se mettre dans le bon wagon sans se mettre dans le rouge mais sans perdre trop de temps non plus, pas évident…Le lever du soleil sur les montagnes Corse est juste splendide. Je fais la montée au côté d’une coureuse Corse, elle a juste 2 gourdes, pas de fioriture, elle est à l’aise, cela m’impressionne toujours le mental des coureuses féminines, jamais à ronchonner, la classe. Je la décroche au cours de la montée mais elle prendra sa revanche, en souriant, dans l’ascension de Bocca Alle Porte à mi-course.

L’arche de Corte

J’arrive à l’arche du Scandulaghju, je suis heureux car je l’ai vu maintes fois en photos ou vidéos, ensuite arrive enfin le premier ravito des bergeries des Padule (6km). Je vous le dis tout de suite, ne cherchez pas ailleurs des bénévoles aussi dévoués pour les coureurs, ils viennent à votre rencontre, prennent et remplissent vos gourdes pendant que vous vous ravitaillez, quasi une assistance personnelle, génial !! Encore quelques centaines de mètres et j’atteinds le premier des 3 sommets de la course, le Bocca Canaglia 1790m. Il est 7h00 du mat’, le soleil commence son travail de sape, par contre je me sens vraiment en forme comparé aux coureurs qui m’entourent ça me rassure…

Ravito de Boniacce

J’attaque les seuls 5 km de roulant de la course, piste forestière que je cours avec plaisir, 2ième ravito à Boniacce avant d’attaquer la première descente technique de la course. Les paysages sont magnifiques, succession de passages boisés en bord de rivière (la fameuse Tavignanu), j’accroche un groupe de 5/6 coureurs qui éclatent souvent car dès qu’un ruisseau se présente, chacun applique sa gestion de course, se mouiller, se baigner ou juste boire, perso je me mouille les cuisses, la nuque et la tête, je n’ose pas trop boire par peur de mal au ventre (ça va vite changer)… Le chemin remonte vers le lac de Ninu (1900m). L’un de mes « jeux » mental durant mes courses est d’avoir des objectifs de découvertes (souvenirs pour mes vieux jours, style j’aurais vu ça avant de mourir 😉 ), sur la Restonica, je veux absolument  voir le lac de Ninu et ses pozzines, réussir l’ascension du Bocca Alle Porte (sommet du GR20), voir le lac de Mélu et enfin être finisher (en bon état si possible).

Arrive donc le lac de Ninu, quel émerveillement, voir des chevaux sauvages, je cours sur le plateau campotile,un duvet d’herbes verte en plein milieu aride, je suis heureux comme un gamin. Après avoir effectué le tour du lac arrive le ravito au km 28. On m’annonce 67ième, pas mal pour un p’tit normand !! Je change de chaussette, me « noke » les pieds, mange des canistrelli (j’adore) et découvre l’icetea hyper frais en course, l’extase… Il y a de la casse chez les coureurs, insolation, déshydratation, entorse (il y aura 37% d’abandons sur la course pour 18% en 2018 !!)

Lac de Ninu
Chevaux sauvages

Je repars revigoré vers le « monstre » du jour le fameux Bocca Alle Porte et ses 2250m de cailloux à gravir sous un soleil de plomb, pas d’ombre …ça serait trop facile. Je fais les 2 premiers tiers avec un coureur sympa, on discute, on monte au même rythme, au 2ième tiers il lâche du terrain, je suis en forme, je continue. C’est ici que ma copine corse réapparait, elle me montre la brèche tout en haut où l’on doit changer de versant, punaise !! Que c’est haut et hostile… Elle me dépose sur place, je décide à ce moment de ranger les bâtons comme elle, ils me gênent et je monte et descends beaucoup plus naturellement sans eux.

La brèche est tout en haut…

Arrive enfin le sommet, mi-course, mon 2ième objectif, c’est de l’escalade (PS : Coco il faudra passer par là sur le GR 😉 ) la vision de l’autre versant est à couper le souffle, les lacs d’eau turquoise d’altitude de Capitellu et Melu, apparaissent comme 2 anomalies dans ce milieu austère (ils sont gelés 8 mois sur 12).

Cette vue se mérite 😉

La descente qui s’ensuit est dantesque, des amas de cailloux, c’est de l’escalade à l’envers, j’ai à ce moment un coup de moins bien, je ralentis le rythme, ça va passer. Un point d’eau bienvenue à Bocca Soglia où se trouvent des coureurs mal en point, l’orga va les faire évacuer (en hélico je présume). La descente m’amène au lac de Melu que je voyais d’en haut, une vache boit au bord, les fesses en l’air, ça me fait marrer, des touristes nous encouragent, tous les feux sont au vert.

Lac de Melu

Mais un fait technique va pimenter la fin de la course : je m’aperçois que j’ai perdu 2 flasques de 500ml, mon fidèle sac s’est déchiré, il m’accompagne depuis le début sur les ultras, la Corse lui sera fatale. C’est une situation assez catastrophique mentalement, sous cette chaleur c’est suicidaire de ne pas avoir d’eau. Heureusement j’avais emmené 2 gourdes de secours, j’arrive donc au ravito de Grotelle (km 46) pour faire le plein. Mais 1litre d’eau ne sera pas suffisant pour affronter la dernière difficulté du jour, je le sais, 800 de D+ à 15h00 sous une température ressentie de 39°C… J’ai pas le choix, cela me stress, je bois énormément et me mets volontiers sous un jet d’eau proposé par une bénévole, c’est le moment de montrer ce que j’ai dans le ventre. Je pars du ravito pour une descente tranquille en sous bois et arrive au pied de la montée. Je décide d’une stratégie, je suis bien donc je monte vite, 4 kilomètre à tenir, je double une dizaine de coureurs sur le premier tiers, arrive le moment où je n’ai plus d’eau (je me suis rationné pourtant), les lèvres sèches, je suis énervé. Un coureur m’offre une gorgée, mais le nectar est rare et précieux à ce moment de la course. Je commence à exploser dans le 2ième tiers, la déshydratation peut aller très vite et faire de gros dégâts, pourtant j’entends une chute d’eau, comme dans un scénario de film, j’entends des voix signe d’attroupement, et là au détour d’un virage, je tombe sur une chute d’eau où se trouvent quelques coureurs assoiffés !! Ma première question est « elle est potable ? » Une coureuse me répond en rigolant «  le but du jeu est d’atteindre l’arrivée avant d’avoir la ch….e ». Question de survie je bois goulument, l’extase totale…Je finis la montée mais paye cash mon début rapide et le manque d’eau, j’explose littéralement. Le denier ravito est à 2km, il va me remettre d’aplomb. Il est situé sur le plateau d’Alzu, lieu d’estive Cortenais, on m’annonce 70ième, cool j’ai limité la casse.

 Je me requinque (Ice Tea + bananes) et c’est parti pour les 12 derniers kms. J’ai des jambes, les Altra font le job en m’obligeant à courir sur l’avant pied, je déplore juste quelques ampoules sous les orteils mal « nokés ». Cette partie de la course est annoncée descendante sur le profil, mais en fait c’est une succession de montées/descentes dans la caillasse. Sophie et les filles m’attendent à Corte, ça me motive à fond, on a convenu de franchir la ligne ensemble, que du bonheur en perspective !! Arrive la citadelle de Corte, génial ça sent la Pietra, dernier virage et j’aperçois Elsa et Anna, elles courent à mes côtés, les gens applaudissent, c’est vraiment top.

71ième en 14h20, la plus belle mais la plus dure, une course qui se mérite mais qui vaut le déplacement, je vous la recommande fortement si vous voulez vous tester. Du vrai trail avec une orga « esprit trail » à l’ancienne, un super t-shirt, du vin Corse, une Pietra, de la charcuterie, de la confiture et une ceinture porte bidon en cadeau finisher, …Biz et à bientôt sur les chemins

La récompense !!!

9 commentaires sur “2019/07 Récit : Restonica trail

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  1. Bravo, belle course et beau récit ! Plutôt rapide, j’ai mis plus du double sur L’UTC , qui ne fait que 45 km de plus.
    J’ai trouvé la course très belle, mais d’une technicité diabolique 🙂

    Aimé par 1 personne

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