

Bienvenue au pays des mythes, l’UTS (l’Ultra Trail Snowdonia) en deviendra un certainement. Nous y sommes partis avec des questions et des doutes, nous sommes revenus avec des réponses, brutales et cinglantes. L’UTS est sans nul doute une épreuve physique mais aussi mentale. Ses armes pour vous concasser sont nombreuses, quand ce n’est pas la technicité du terrain qui vous use cailloux après cailloux, c’est le « bog » cette fameuse tourbière qui aspire votre énergie à chaque foulée parfois jusqu’à la taille, et pour parfaire ce mélange destructeur, le « smog » vous enveloppe de son manteau glacial jouant avec le vent sur les hauteurs du parc national d’Eryri. Ces paysages dignes de l’imaginaire de Tolkien sont ceux du Pays de Galles 🏴 et de son Dragon Rouge, bienvenue dans l’aventure.



Nous sommes cinq à aventurer nos crampons de l’autre coté de la Manche , Yo, Victor, Nicolas, Arthur et moi-même. Arthur se frottera au 50K et le reste de la bande sur le 100K, chacun avec ses objectifs personnels. C’est une course du circuit UTMB avec ses contraintes et ses avantages. Nous récupérons nos dossards le vendredi midi, veille de la course, après être passé aux différents contrôles de matériels obligatoires. Le kit grand froid est activé par l’organisation donc il faut emmener en plus une polaire et une paire de lunettes transparentes. 3000 coureurs sont annoncés sur les différents formats de courses.





Après une petite nuit, le départ du 100K se fait du village de Llanberis à 5h30, 365 traileurs (52 femmes et 313 hommes). Un départ sans esbrouffe est donné, étonnant pour un tel évènement, certainement pour ne pas déranger les habitants du village à une heure aussi matinale. Le profil de la course ne laisse guère de place à la réflexion, ça monte d’entrée vers le sommet de la course. Les faibles altitudes de cette course pourraient laisser croire à une ballade vallonnée, mais les conditions climatiques du Parc Eryri sont drastiques. L’impression d’évoluer à 2000m sera ressentie par nous tous. Je monte à un bon rythme, je suis bien préparé pour cette course, pour une fois j’ai confiance en mes ressources. Cette première montée se fait sans pluie, pourtant l’humidité ambiante transforme nos vêtements en éponge. Le vent sur les hauteurs contribue à ce sentiment, le Snowdonia ne se livrera pas aussi facilement.






J’arrive en haut du Finger stone (72iéme / 7km) en 1h01, j’ai l’onglée aux doigts (déjà !!) j’ai du mal à utiliser la pince pouce index avec un engourdissement des doigts, je me débats pour faire des gestes simples, ça commence bien😅. J’attaque la descente et dès le début je ressens une vive douleur en haut du mollet droit comme un petit coup de couteau, j’ai tout de suite peur à une déchirure et mes rêves de finir cette course s’envolent. Je décide de repartir tranquille et de mettre ma veste de pluie pour me réchauffer car je pense que le froid y est pour quelque chose dans cette douleur, j’ai les muscles transis.


Je n’ai pas d’objectif de chrono car le parcours a été modifié plusieurs fois et le dénivelé est approximatif, preuve en est nous finirons avec 6200m de d+ au lieu des 5300m annoncés. Mais je veux faire une course sérieuse en courant un maximum et en optimisant mes arrêts aux ravitos. La douleur dans le mollet est toujours là mais plus diffuse, elle ne m’empêche pas de courir, je croise les doigts enfin ceux que je peux bouger 🥶… En bas (79iéme / 14km) en 2h07 se trouve le 1er ravito (Gwastadanas Farm, les lieux-dits sur cette course sont imprononçables ce qui ajoute un peu de flou à l’aventure).

Je repars avec les gourdes pleines (Eau + Hydratiss dans la gauche et coca + eau dans la droite). J’en profite pour regarder sur livetrail où en sont les copains, tout le monde est en course c’est cool. Nous avons tous des niveaux disparates donc sauf mésaventures nous ne courrons pas ensembles.
La montée vers Moel Siabod se fait dans le « fog », pour des photos réussis c’est loupés. Toujours à bon rythme j’arrive en haut du 2ième sommet (78iéme / 23km) en 3h24. La course commence à vraiment se durcir et devient très exigeante, la descente vers le 2ième ravito (Dolwyddeelan) est anarchique, un enchevêtrement de cailloux m’oblige souvent à poser les fesses pour descendre en glissade. Une des particularités de la difficulté du tracé est qu’il nous emmène sur du hors piste en permanence, très usant.



(78iéme / 29km) en 4h26 Dolwyddeelan, 2ieme ravito, je me suis réchauffé avec ma veste. Les ravitos sont très bien achalandés, fruits, soupes, charcuterie, fromages, pain, qui a dit qu’on mangeait mal au Royaume Uni 🇬🇧😏. En sortie j’attaque une longue montée pas trop pentue, avec des paysages remplis de mouton 🐑 de lacs et de verdure, c’est très beau.


(78iéme / 42km) en 6h23 Blaenau Ffestiniog, encore un marathon de franchi, j’aime me le rappeler à chaque fois 💪. La douleur au mollet s’estompe, c’est cool, les copains avancent tous, tous les feux sont au vert.

Moelwyn Mawr, base vie (75iéme / 51km) en 7h40. Une moitié de faite !! J’en profite pour me changer totalement, me « renoker » les pieds, les tétons et le cucul😆, j’enfile ma paire de speedgoat 6 toute neuve et sèche, un vrai bonheur 😋. Les bénévoles sur la course sont particulièrement à nos soins, dès que l’on arrive ils prennent nos gourdes et les remplissent selon nos envies, cela permet de se nourrir en attendant. Un ados bilingue me propose un rice pudding, une tuerie qui va me donner une patate d’enfer pour la prochaine montée qui arrive 🤪. Je ne traine pas et repart illico au charbon !!
(78iéme / 57km) en 9h44 à Cnicht, tout va bien hormis un problème de brûlure entre les cuisses, j’ai noké mais le mal est fait.

(71iéme / 68km) en 11h39 à Gwastadanas Farm, la partie « roulante » de la course arrive, tout est relatif car la tourbe est toujours présente par endroits. D’ailleurs pour éviter un bourbier, je suis obligé de ramper sous un arbre couché, là je ressens une douleur vive au genou 😳 je viens de me rentrer un caillou pilepoil dans la plaie que je m’étais faite 3 semaines avant lors d’une grosse chute, ça saigne mais surtout je suis « vénère » contre moi-même car je vais douiller quelques km pour rien, ça a le don de m’agacer…
(73iéme / 82km) en 14h15 à Beddgelert, arrive le juge de paix de la course. Sur toutes les courses il y a « the côte qui fait peur », bin j’y suis !! Avec une belle portion sans assistance, au moins 4h !! Pas mal de coureurs sont en souffrance au ravito et il y aura beaucoup d’abandons à cet endroit. Moi ça va j’ai la patate hormis ma belle brûlure à l’entrejambe qui commence vraiment à piquer. Je vais douiller sous la douche, humm la sensation des lames de rasoir sur la peau 😱. La faute à la pluie et la sueur mélangées qui sont abrasives, j’aurais du être plus attentif… Je ne supporte plus mon short donc je l’enlève pour découper au ciseau la toile intérieure qui vient raviver à chaque pas le frottement. Je m’aperçois après coup que je me suis mis à poil devant tout le monde 😅, la honte …. Je repars en ayant pris soin de charger une 3ieme gourde, car ça va être long. Ayant toujours peur de manquer de change pour la suite je tarde à mettre mon pantalon imperméable, malgré le froid qui tombe, c’est dingue comment on peut bêtement subir parfois d’un manque de lucidité « je mets, je mets pas » cette rengaine m’occupe l’esprit…la nuit tombe et je me décide enfin à l’enfiler ainsi que mes gants de ski imperméables, et là bonheur je suis carrément bien, quel gros neuneu de pas avoir mis avant cet équipement 🙄. Le balisage est perfectible sur cette course, seul point négatif je trouve, et de nuit c’est encore pire vu qu’on arpente beaucoup de trace en hors piste, heureusement que j’ai le tracé gps sur ma montre 👍.
(70iéme / 96km) en 18h50 à Rhyd Ddu, je ne m’arrête pas au ravito grâce à ma 3ieme gourde, et je sais que la fin est propice pour glaner quelques places ou en perdre. Un coureur me double, le mec est super frais et super propre, c’est un mystère pour moi, je me demande toujours ce qu’il fait là à ce moment de la course 🤷♀️. Je cours dès que c’est possible, j’ai vraiment fait une belle gestion de course, la dernière montée de 300m est anecdotique et j’entame la dernière descente avec panache houhou 🤪.
(62iéme / 108km) en 20h56 à Llanberis. J’arrive dans un virage goudronné, yo, Victor et Arthur sont là en pleine nuit, trop sympas ❤️, toujours le même bonheur de franchir la ligne d’arrivée d’un ultra 🥳. Je finis 62ieme, très content de ma course, 156 abandons (43%) au total, preuve de la difficulté du chantier pour un 100bornes. Yo 12ieme est déçu de sa perf, gestion du froid aléatoire et hypothermie lui font perdre le top10 (amertume du champion), il reste énorme à nos yeux. Victor fait une grosse perf, top 20 sur une course UTMB, juste énorme 💪 !! Arthur a performé également sur le 50km💪. Après une douche douloureuse, place à la bière de l’amitié 🍺. Puis après un petit dodo de 2h, nous sommes tous debout à l’aube pour accueillir Nico qui termine le chantier en total gestion sur le petit matin, bravo à toi 💪. Cette course restera un super souvenir entre potes 👍. Avis aux amateurs, elle n’est pas facile😎 mais la belle veste finisher fera un très bon trophée dans l’armoire 👍.




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