Récit 08/25 : L’Echappée Belle l’Intégrale

Pour bien comprendre le défi qui se présente à moi (et peut-être à vous dans les années à venir 😁 ) voici quelques éléments de langage qui caractérisent cette course hors du commun : « Trail, raid ou trek ? » ce sont les 1er mots du site de l’orga, en effet les meilleurs coureurs du monde la gagne à une moyenne inférieure de 6 km/h 😲 … 15 cols à plus de 2000m à franchir, 40 km de course au dessus de 2000m, les descentes se font moins vite que les montées et des cailloux à n’en plus finir… Bref quand tu cliques sur l’inscription en janvier, pose toi bien les bonnes questions, est ce que tu as vraiment envie de relever ce défi ? car tu vas en chier grave 😁 !! Mais la dose d’endorphines d’après course n’en sera que meilleure 🤪 et c’est ce que je vais vous raconter dans ce récit.

Pour une fois je dirais que j’ai réalisé une belle prépa, en effet avec les copains, Alex (qui est sur la course) et Yo, nous avons mangé du dénivelé. Sur les conseils de Yo, l’idée était de faire minimum 3000m de d+/semaine durant les 2 mois d’avant course afin de préparer nos petits quadris de normand à l’enfer de Belledonne. A ceci s’ajoutent des sorties longues (30/40km) pour travailler l’endurance. Pour mettre toutes les chances de mon côté j’ai également décidé de gérer ma nutrition avec des pompotes Baouw et Naak et enfin de compléter mon hydratation avec des électrolytes (Hydratiss, goût kiwi une tuerie 😋) en plus de ma boisson énergétique decath. Niveau équipement essentiel, je pars avec les mafates speed 4 aux pieds, mon vieux sac raidlight Olmo 15L, ma veste de pluie stormpro CIMALP, ma lampe STOOTS, un manche longue chaud de la marque UYN et ma montre garmin Enduro 2 qui s’avèrera précieuse sur la gestion des montées 👍.

Bin il est monstrueux !! Les 30 premiers km sont ni plus ni moins qu’une côte de 2800m à gravir jusqu’au sommet de la croix de Belledonne, ensuite c’est une succession de noms de cols qui donnent mal au crâne mais surtout le profil est parsemé de sigles /!\ qui soulignent la technicité (et dangerosité) de certains passages, bref il ne faut pas regarder ce profil 😅. Par contre afin de donner une idée de mes heures de passages à ma super team d’assistance (clef de la réussite de ma course) composée de ma plus jeune fille Anna et de ma chérie Sophie, je me suis basé sur les temps de passages d’un coureur l’an passé qui a à peu près mon niveau ITRA et qui a terminé dans le premier quart. Donc l’objectif est de finir en 43h pour réussir une belle course… je finirai en 43h28 🙏

Après 15 jours de vacances en camping au lac de Serre-Ponçon, idéal pour peaufiner la prépa par de belles randos, nous gagnons la station de Chamrousse la veille de la course soit le jeudi 21/08. Nous sommes à 40min de Vizille, départ de la course. Comme Alex, j’ai déjà mon dossard reçu par la poste, un avantage vu que c’est une course en ligne et non une boucle. Le départ est prévu le vendredi 22/08 en 3 salves (5h/5h30/6h) pour égrainer les concurrents. Alex dossard 100 partira dans le sas N°1 à 5h (champion oblige 💪) et moi dossard 287 à 5h30. Le numéro des dossards correspondant à notre niveau ITRA. Nous serons un peu moins de 700 à tenter l’aventure. Comme le dis si bien le speaker « regardez bien votre voisin car seulement 1 de vous 2 sonnera la fameuse cloche à Aiguebelle » 😆, eh oui l’intégral a un taux d’abandon d’environ 50%….

1min avant le départ je rentre dans ma bulle « profite il te reste 1min à ne pas souffrir 😅 » puis 5h30 c’est parti !! 2km de plat et le début de la 1ere côte de 30km que je décompose en 3 parties : ravito au plateau d’Arselles (ou se trouve notre hébergement) ➡️ Refuge de la Pra ➡️ Croix de Belledonne. Je n’aime pas particulièrement le début des ultras car pas facile de trouver son rythme au milieu des traileurs, il faut monter au rythme des autres ce qui n’est pas évident. Heureusement la difficulté de la course fait que très vite des petits groupes de niveau se forment. Cette 1ère montée s’effectue sous les arbres de la foret où 2h avant en voiture nous avons croisé une famille de sangliers et une biche. Arrivé à Arselle, Sophie et Anna sont là, quel plaisir d’être accompagné de la sorte, je vois le regard inquiet de Sophie qui me trouve « palot », cela ne m’inquiète pas trop car je me sens en forme. Comme j’ai plaisir à le penser à Arselle il ne me reste qu’un UTMB en dénivelé, et oui déjà 1500d+ d’avalé, les plus faciles certes mais ça fait du bien d’être dans la course.

Ravito d’Arselle

Point sur les ravitos : ils sont exceptionnels en qualité et quantité. Rien à redire, pour moi c’est Saint-Yorre et Coca à volonté et en solide : soupe à chaque fois, saucisson, fromage, fruits… bref parfait !! De plus avec des bénévoles aux petits soins, un grand merci 🙏 !!

Je remplis les gourdes et repars aussitôt direction le refuge de la Pra à 2110m d’altitude. Le décor change et nous attaquons les paysages merveilleux de Belledonne. J’ai de bonnes sensations, les premiers lacs d’altitude font leur apparition, c’est magnifique, tous les feux sont au vert !!

Je reconnais le refuge de la Pra pour l’avoir vu sur des vidéos, niché dans son cirque au milieu des nuages. Cela va faire 5h que je suis parti, j’ai 10min de retard sur mes prévisions, tout va bien, remplissage des gourdes, une soupe chaude aux vermicelles et c’est reparti !!

C’est le moment d’attaquer un des monuments de cette course, la croix de Belledonne à presque 3000m d’altitude et ses fameux cailloux. Sa réputation n’est pas usurpée, il se mérite ce sommet, mais vu qu’il arrive relativement tôt dans la course, l’ascension se fait sans encombre. De plus je me sens très agile sur mes prises d’appuis sur les cailloux, une bonne chose pour la suite. En fait je vais faire pas moins de 6 entorses sur la course 😅 mais à chaque fois sur du plat, allez comprendre… Par contre plusieurs fois des cailloux vont venir me taper les malléoles et ça je vous assure que ça pique😱.

La montée de Belledonne
Au dessus des nuages 😍
Un bouquetin sur la descente 😍

J’arrive enfin au refuge Jean Collet où je retrouve ma family 😀 et aussi celle d’Alex (Marie-Charlotte et leurs 2 fils ) qui est passé 1h30 plus tôt (1h avec le décalage du départ). Ils ont fait 2h de randonnée pour se trouver ici dommage car il fait froid sur ce ravito à cause des nuages. Ils me trouvent tout blanc ce qui m’agace un peu vu que je me sens bien, mais pas de panique je suis toujours à 10min de mes prévisions. Un bisou et ça repart vers la première base de vie.

Je repars encore avec de bonnes jambes, je suis content car ma prépa me rassure mentalement et je sens que physiquement ça tient. J’attaque de suite par le col de la mine de fer et le fameux col de la vache, connu pour être un champs de cailloux presque impraticable. De fait sa réputation n’est pas non plus usurpée 😱🥵, c’est un bordel montre !! Impossible de courir voir de marcher, le délire !! Mais je suis content de vivre enfin cette expérience… Scoop, le Mordor du Seigneur des Anneaux existe bien et il se trouve en Belledonne !!

le col de la vache en haut 👆

La fin d’après-midi arrive et avec l’arrivée imminente de la nuit qui entame mon courage et ma détermination, je commence déjà à chercher des excuses pour arrêter avec les honneurs (bad trip) c’est là que mon équipe va sauver ma course une première fois. En effet j’attaque enfin la descente vers la 1ère base de vie du Pleynet où mon sac d’allègement va me permettre de me changer et où ma team family sera présente pour me rebooster. Je n’ai pas de bobo ni même de coup de fatigue mais l’ampleur de la tâche à venir fragilise mon moral, c’est normal, c’est humain 😨. Heureusement à la base vie, Sophie, Anna et la famille d’Alex sont au taquet, ils ont une patate d’enfer et me reboostent, ils m’aident pour me changer, me « renoker » les pieds, m’alimenter, je ne peux pas les décevoir, merci à eux. Alex est reparti bien plus tôt avec son pacer (chaque coureur peut bénéficier d’un accompagnant), je mesure à l’attaque de la nuit l’importance du pacer, ça ne fait pas tout mais moralement c’est d’une grande aide !! je repars comme neuf avec moins peur de la suite, je suis à 1/2h de mes prévisions mais je ne panique pas.

La course se joue à partir de maintenant car les 3 difficultés qui arrivent ajoutées à la nuit sont synonymes d’un nombre important d’abandons. Quand je sors de la base vie, je fais bonne figure mais intérieurement c’est un combat titanesque que se livre mon cerveau pour continuer. Avant d’attaquer le 1000d+, il y a une descente de 4 km, au bout de cette descente, j’aperçois 2 ombres assisent sur un banc dans la nuit noire (dans la nuit noire et obscure ref année 90 🥹…), je dis bonjour eh là qu’elle n’est pas ma surprise 🤩!! C’est Anna et Sophie qui sont là au milieu de nul part 🥰😍 venues m’encourager car elles avaient senti mon coup de moins bien. Alors que je ne devais les revoir que le lendemain à la 2ième base de vie de Super Collet, c’est une surprise qui a le mérite de me redonner un coup de boost terrible 💪, j’avalerai par la suite les 1000d+ avec détermination, comme quoi la puissance du cerveau !! Je ne me rappelle pas la descente qui suit, la fatigue commence à s’installer avec en prime des hallucinations visuelles (les cailloux se transforment en smiley, rien de méchants 😊). Mais je sais que se présente à moi la plus grande difficulté de la course ensuite : la montée au col du Moretan. Je n’ai qu’une envie, emprunter le shunt officiel qui permet de zapper ce monstre et d’être classé finisher sur une variante, trop tentant 😈, l’idée me taraude, m’obsède même… J’arrive au ravito du Gleyzin plein de désespoir… eh là 🥸 ma team est présente seule à attendre transit dans le froid sous la tente du ravito à 2h00 du matin, elles sont au top !! je leur explique mon désarroi, elles comprennent mais savent aussi que je vais regretter cette décision, donc sans mon accord elles parlent avec 1 coureur et son pacer qui dans la foulée me proposent de monter ensemble et d’affronter à plusieurs l’enfer du Moretan et ses 1400m de caillasse 🥴.

Je pars donc avec mes 2 nouveaux compagnons, nous montons à un rythme soutenu et régulier, on discute, et de fait nous avalons les 900 premiers D+ assez vite. Je dois faire une pause pour prendre une pompotte, je me connais donc je laisse partir Mathieu et Alexis, merci à vous les gars pour ce coup de boost. J’avale ma Baouw assis sur le côté du chemin et là un jeune journaliste sortit de nul part 🤔 me propose de m’inteviewer et de me suivre quelques minutes 😎, ci-dessous le petit film :

https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&ved=2ahUKEwi2v9T6j7KPAxVlUqQEHR0VC0AQwqsBegQIFxAF&url=https%3A%2F%2Fwww.ledauphine.com%2Fvideos%2Fje-me-suis-assise-et-j-ai-pleure-dans-l-enfer-de-l-echappee-belle-ultra-trail-de-reference-30r30zk&usg=AOvVaw3TRyNSVpEZfR2RendKidIt&opi=89978449

Sans aucun doute cette dernière heure vient de faire basculer ma course du bon côté, je ne vais plus du tout me poser de question jusqu’à la fin, je vais finir cette course ultime, quitte à y laisser des ongles 😆 (2 en fait). Le sommet du Moretan se présente enfin avec des bénévoles et un feu de bois, ils me briefent sur la descente qui est assez périlleuse, en effet je vais me vautrer comme une gaufre mais sans bobos, c’est là que je retrouve mes 2 compères de la montée 😍. La particularité de l’ultra est que tu lies des liens très vite, très fort avec des inconnus, un accélérateur de sentiment en somme. Malheureusement Mathieu sera obligé d’abandonner au prochain ravito à cause d’une grosse douleur au genou 😢.

L’aube fait son apparition avant mon arrivée à la 2ième base de vie de Super Collet vers 10h du matin, j’ai 1h30 de retard sur mes prévisions, pas grave je veux en priorité être finisher de cet ultra très sélectif. L’UTMB à côté est une piste de dance, ce n’est pas péjoratif mais juste un constat, en effet les chemins de Belledonne ne te laissent aucun répit, sur 90% de la course tu ne peux simplement pas courir normalement sans adapter tes appuis, une véritable boucherie !!

Des nouveaux copains à 2500m🥰

Ma team est au rdv, quel bonheur. Le Moretan m’a détruit les quadris (pas de douleur avant le km90, prépa au top👍) et je décide de prendre du temps pour me faire masser par une kiné, le moment repos de la course 😋. Je suis détendu, on rigole, je profite enfin.

Les kiné me briefent sur la dernière difficulté de la course, la montée des Férices, je prends note et repars plein d’entrain. la course est presque gagnée dans ma tête pourtant il me reste plus de 13h à courir, mais comme je le dis quand la tête va, tout va. Je vais effectuer une belle fin de course. Ma montre m’est d’une aide formidable, en plus de son autonomie phénoménale, elle me décompose les montées, je vois les % de difficulté en fonction de la pente, c’est un plus indéniable !! Je rejoins Val Pelouse accompagné de Sophie et Anna qui sont venues à ma rencontre et courent 2 kms avec moi, et ça repart sous le soleil.

Les 2 dernières difficultés sont en fait les 2 dernières descentes, 2 x 10km où ils faut serrer les dents pour tenir la douleur infligée aux quadris, mais je vais rattraper 1h de retard sur ces 2 portions, je suis fier de moi à cet instant 💪.

A 15km de l’arrivée je casse un de mes 2 bâtons 😱, il me reste une côte à gravir, mais sereinement je me pose au dernier ravito et je répare mon bâton avec la bande élastique obligatoire en cas d’entorse. Content de mon boulot je repars direction la fameuse cloche d’Aiguebelle et la bière du finisher à partager avec Sophie et Anna. C’est une délivrance et un plaisir décuplé à la hauteur de la souffrance engendrée sur les 43 dernières heures !! Il est minuit, les bénévoles et les spectateurs m’applaudissent, je tombe dans les bras d’Anna et Sophie, quel bonheur !!

Le gars derrière est pire que moi 😂

Voila, j’écris ces lignes le corps et la tête remplient d’endorphines, sur mon nuage 🤗. J’espère avoir donner envie à certain/nes de tenter cette aventure unique qu’est L’Echappée Belle, sans conteste la course la plus difficile que j’ai couru !! Avec heureusement une orga sans faille, un balisage tous les 50m parfait, des bénévoles fantastiques et une assistance de rêve 🥰. Je fini mon 19ième ultra de suite de plus de 100km en finissant 178ième/700, beau cadeau pour mes 48ans. Quand à Alex il finit 64ième en un peu plu de 36h, bravo à toi champion pour cette performance magistrale 😘💪💪💪.

Le cadeau finisher est à la hauteur de la course, un superbe sac Millet 40L de transport à l’effigie de l’Echappée belle 🤩.

A bientôt sur les chemins ou pour d’autres aventures, portez-vous bien 🏃😘

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