Çela faisait quelques temps que ça nous trottait dans la tête, depuis la virée dans le Morvan en 2023 : faire la traversée du massif du Jura par les chemins en vélo. Sur le papier c’était alléchant, avec ses 385km et 7250m de D+, ses chemins boisés, ses forêts de sapins, ses clairières, ses vaches eeeeet sa météo🙄 pouvant être capricieuse… Que cela ne tienne, ça serait le défi Gravel de 2024 pour Greg, Julien, Benoit et moi-même. Le découpage était simple, il fallait qu’on la fasse en 4 jours car avec le temps de route cela nous faisait partir 6 jours de la maison, un maximum pour préserver nos mariages 😉.
Après quelques réunions (merci Greg pour ta participation active, cf photo ci-dessous😅), nous progressons sur la liste du matos (couchage, nourriture, habillement, matériel vélo), les points d’intérêts, le découpage de l’itinéraire en fonction des lieux de campement, les dates du périple. Nous décidons de partir du 5 au 8 septembre. Vous trouverez ci-après le récit de 4 jours qui comme chaque aventure digne de ce nom, ne se passe jamais comme prévu…


Lundi 2 septembre 2024, J-3, je jette un coup d’œil distrait sur la météo des monts du Jura : prévision pour jeudi 5, notre 1ère journée, 31mm de pluie 😲☔️ !! Je vous jure que ce n’est pas une blague. Coup de fil à Ben, Juju, Greg, c’est la grosse cata, pour connaître un peu la montagne et les aventures outdoor, 31mm de pluie sur une journée c’est très très grosse galère assurée, encore plus en vélo et dans les chemins. Après discussion, nous n’avons pas d’autres créneaux, donc soit on annule (hors de question) soit on fonce et on croise les doigts 🤞… Nous prenons donc la route le mercredi direction le Jura où nous avons prévu de passer notre 1ère nuit à l’Hôtel du Jura à Audincourt. Hôtel rustique, dans son jus mais parfait pour dormir au chaud. Le lendemain matin après un petit dèj avalé, nous montons sur nos fidèles destriers, plein d’enthousiasme et d’excitation.
J1, Jeudi 05 sept 2024 : Mandeure – Morteau 112km / 2690m D+


Nous rejoignons le départ officiel de la GTJ au village de Mandeure situé à 5km de l’Hôtel, cela nous permet de tester nos montures, les petits réglages comme la pression des pneus et le serrage des sacoches. Les vélos pèsent 20/21kg en moyenne, ils sont sacrément lourds !! Mais d’un autre côté nous sommes complètement autonomes sur les couchages…. Benoit nous rejoindra le soir du 2ieme jour donc c’est avec Juju et Greg que j’attaque la première côte, il ne pleut pas encore mais le ciel est bien chargé. Les petits singles au départ sont très techniques, racines et pierres jonchent notre parcours, cela ralentit grandement notre allure et le risque de chute est permanent.

Juju est en forme, il montre les muscles dans les 1ères côtes tel un mâle dominant 💪, Greg le suit et moi je sens que je peine un peu à maintenir l’allure, le 2ième col se prénomme « le passage de la douleur », ça me parle bien 😰. Au contraire du Morvan, nous traversons pas mal de petits villages, ce qui nous permet de se recharger en eau régulièrement dans les cimetières, c’est plutôt agréable, pas les cimetières mais les villages😉. Par contre on ne s’arrête pas si souvent car mine de rien il faut les enquiller les 112bornes et 2700mD+ !! Nous décidons tout de même de faire une pause casse-croute à Saint Hippolite au 35ième km avant d’attaquer la plus longue montée du jour (environ 20km). A noter que toutes les boulangeries situées sur notre parcours sont vraiment de qualité, mention spéciale pour celle de Pontarliers 😄 (2ième jour).



Et la pluie me direz vous ? Eh bien elle fait son apparition dans l’heure de midi, et à partir de ce moment on va prendre très cher !! Il va pleuvoir sans discontinuer jusqu’au soir 💦. La 1ere heure, nos vestes Decathlon font illusion, mais malheureusement nous sommes vite trempés jusqu’aux os. Il faut bien imaginer que cette 1ère journée sur le papier elle est déjà costaud, mais avec les vélos chargés comme des vaches et les trombes d’eau, cela devient vite une mission galère qui mets à mal notre résilience. Heureusement, nous sommes 3 benêts embarqués dans la même aventure et ça donne vraiment la patate !! Donc on sert les dents, on roule tête baissée et on avance en pensant au resto et à la bonne pression qui nous attend le soir. Très vite je me sens de moins en moins bien, pas de jambe, frigorifié et dans le mal comme si je n’avais plus d’énergie 😥.



On s’arrête à 40km de l’arrivée dans une station de ski où on a la chance de pouvoir prendre un café ☕mais hors de question de rester à l’intérieur au chaud tellement on est frigorifié cela serait trop difficile de repartir, donc on le prend dehors. Je lutte de plus en plus, je dois faire une hypoglycémie en plus d’une hypothermie bref je suis hypopasbien 😅. Une dernière montée avant Morteau où je suis très mal, on arrive en haut, le calvaire va bientôt se terminer. Dans la descente vers Morteau Juju choisit ce moment là pour crever à 4km de l’arrivée, dans des conditions normales no problemo, mais le fait de nous arrêter, de réparer pendant 15min, je suis en train de crever sur le côté, mes fesses bougent toutes seules, je ne contrôle plus mon corps et ça fait marrer mes 2 ânes de copains 🥶. Juju lui n’a pas froid je le nomme « l’homme des bois » depuis ce moment et Greg commence à virer comme moi… Nous repartons tant bien que mal et arrivons à l’hôtel des Montagnards que nous avions réservé vu la météo, bien m’en a pris !! Quand le patron voit mon état il me donne les clefs de la chambre direction la douche chaude et s’occupe de mon vélo avec les copains, accueille trop top, la douche va me ramener à la vie, un vrai bonheur que l’on ne peut apprécier qu’après une journée si dure. Le soir nous nous régalons d’un burger et de quelques cervoises tant méritées🍻🍔, le bonheur.


J2, Vendredi 06 sept 2024 : Morteau – Les Rousses 126km / 2510m D+


Après une bonne nuit au chaud, nous prenons un petit déj excellent à base de fruits, flocons d’avoine, miel, café bref idéal pour partir les batteries chargées à 100% (je recommande vivement cet Hotel). J’ai repris confiance et je me dis que la mésaventure d’hier n’était qu’un accident, peut-être une mauvaise alimentation en début de journée. Aujourd’hui s’offre à nous le plus beau ciel du Jura, bleu avec un soleil naissant et une brume matinale de toute beauté, quelle chance d’être là !!



C’est parti pour descendre vers le sud avec les lacs de Neuchatel et Léman sur notre gauche. Cela monte pas mal au début mais moins dur que la veille et la météo change vraiment la donne. Les vaches sont au rdv et elles nous obligent involontairement à passer un nombre élevé de passage sur-elevé. Attention à ne pas se blesser sur ces passages, j’y laisserais un bout de cuissard dans un barbelé. Nous décidons de faire un détour par Pontarliers vers le 30ième km pour bien se ravitailler, un petit café dans le centre bourg en terrasse puis c’est reparti pour une grosse côte en sortie de la ville.



Nous apercevons une trailleuse qui monte la même côte que nous mais droit dans le pentu, gros niveau, peut-être un entrainement pour l’UTMJ (ultra trail des monts du Jura) qui a lieu 1 mois plus tard et où je serais au départ du 100km… Les chemins nous emmènent ensuite au château de Mijoux, magnifique forteresse plantée en haut de sa falaise imprenable 🤩!! Encore un p’tit café à Mijoux puis on attaque une longue montée vers Les Fourgs. Greg commence à se plaindre de son genou, on n’y prête pas trop attention pas parce que c’est Greg 😅 mais parce qu’on a souvent des douleurs qui apparaissent en ultra et qui disparaissent par la suite. Nous passons par Métabief vers le km 60 qui est l’arrivée de l’UTMJ, puis direction Mouthe réputée pour être la commune la plus froide de France (lieu du film Poupoupidou et de l’excellente série Polar Park). Un petit arrêt touristique aux sources du Doubs, puis un coca dans une station à Chaux-neuve avec vue sur son tremplin de saut à ski olympique et nous repartons direction les magnifiques lacs de la chapelle des bois.






Greg grimace de plus en plus, il a vraiment mal à chaque coup de pédale, ça commence à nous inquiéter à présent car on doit finir cette grosse journée et il reste 2 jours costauds. Sur les hauteurs du Lac nous rencontrons une randonneuse qui nous évite un single boueux hasardeux, mais ensuite pour relier plus rapidement notre camp de base pour soulager Greg, nous décidons de changer de route… Chose à ne pas faire 🙋♂️⛔️, on se retrouve paumé dans la brousse à porter les vélos, bien fatigués et surtout inquiets pour Greg.

Nous retrouvons tant bien que mal notre trace et enfin arrivons au Refuge situé à 1200m d’altitude. Notre 4ième comparse Ben arrive en même temps que nous pour continuer l’aventure, c’est génial de se retrouver au fin fond du Jura. Au Refuge « La loge à Ponard » c’est la soirée de fin de saison, donc nous plantons les tentes au milieu des ânes 🐴, prenons une bière avec une assiette de charcuterie 🍻🥓 et profitons d’un concert complétement psychédélique, avec musiciens déguisés en costumes d’animaux, instruments fabriqués mains, bref une soirée hors du temps.



J3, Samedi 07 sept 2024 : Les Rousses – Champfromier 96km / 1500m D+

Après une nuit à la belle étoile, l’état du genou de Greg ne s’est pas amélioré, une grosse tendinite l’empêche de rouler, c’est un peu le drame car on n’avait pas vraiment prévu ce scénario dans nos caboches 🤕🥺. La mort dans l’âme nous le laissons prendre le camion de ben et repartons à 3, ça fait vraiment ch… .


La météo est encore au beau fixe, la trace est très roulante sur la 1ère moitié, ça fait du bien de rouler « facile ». Un café à Lamoura où nous croisons Greg au bord d’un étang puis direction Les Moussières. Petit focus sur la trace que nous empruntons pour cette GTJ, en fait c’est une trace complétement Gravel avec son balisage propre (attention balisage perfectible, il faut absolument la trace GPX en doublon, disponible sur le site de la GTJ), et donc elle emprunte environ 80% de la trace VTT et 20% de chemins plus roulant. La descente vers Saint Germain de Joux est vraiment sympa, on fait également une longue descente pleine balle sur une route sinueuse, moment très grisant quoique légèrement dangereux après réflexion.







On arrive enfin à Saint Germain de Joux, lieu où doit nous attendre Greg au camping. Après renseignements au bistro du coin on nous dit qu’il n’y a pas de camping ici que notre hébergement est à 10km et 500D+, grrr🤬 ça me saoul grave de pas avoir fait attention à ce détail, et Greg ne nous a pas prévenu, j’ai envie de le taper à ce moment précis 😅 heureusement la bière fait redescendre la pression et on se fait le resto du camping, chouette moment encore (camping Les Géorennes que je recommande également). La région est infestée cette année de papillon (La Pyrale du Buis, espèce de papillon invasive qui est un véritable fléau pour nos forêts), ils recouvrent tout, nos vélos, nos fringues, on se fait une belle bagarre dans le van pour les éliminer tous, impressionnant !!

J4, Dimanche 08 sept 2024 : Champfromier – Culoz 96km / 1920m D+

Nous repartons pour la dernière journée, physiquement le corps s’adapte bien à l’effort, de plus pour se faire plaisir, on décharge nos vélos profitant du transport en van, la vache quel bonheur de pouvoir pédaler léger !! Nous rencontrons un VTTiste qui fait la GTJ, sympa on échange dans la montée vers le col de Bérentin, 15km environ de grimpette. Nous croisons également une Norvégienne (ou Suédoise je ne sais plus) qui est encore plus chargée que nous. En fait elle fait la traversée de l’Europe en solitaire, son point d’arrivée est au Portugal dans quelques… semaines, impressionnant 😲 !! Merci Ben pour la traduction. Nous décidons de faire la pause déj dans un resto au lieu-dit Les plans d’Hotonnes sorte de station multisport où nous retrouvons Greg. La pluie commence à revenir juste avant la pause et je me retrouve très vite frigorifié, je hais ma veste !! Heureusement, se trouve un magasin de sport juste à côté avec des grosses promos sur les vêtements d’Hiver, je m’achète une veste de pluie bien chaude et imperméable à 50€, elle me sauvera la fin de notre périple sous la pluie, un vrai plus !! Petit conseil, ne négligez pas les vêtements en sortie outdoor surtout en vélo.



10km avant l’arrivée Juju crève une nouvelle fois (il a pourtant des nouvelles roues Mavic lol). Quand je vois l’état de sa chambre à air de secours j’ai envie de l’étrangler avec, recouverte de rustines elle fuit comme une passoire, je lui donne la mienne. Arrivée à Culoz sous la pluie, nous faisons une petite photo devant la carte retraçant notre périple. Nous rejoignons ensuite un camping bof bof mais le plaisir d’avoir accompli cette aventure entre pôtes fait vraiment chaud au cœur, même si le bonheur il est vrai n’est pas complet à cause de la blessure de Greg, ce n’est que partie remise. Je paye ma tournée pour mes 47ans qui arrivent le lendemain, punaise ça file, il faut vite se prévoir plein d’autres aventures 😉. Biz à tous et à bientôt sur les chemins




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