Retour sur l’Ultra d’Andorre couru en juin dernier, oui je sais 3 mois de retard mais il n’y a pas que le trail dans la vie 🏃 y a aussi le Gravel 🚵♂️. Une sacrée épreuve cette course Andorrane, qui se rapproche de l’épreuve Corse par sa technicité et ses paysages très sauvages, mais la Restonica reste tout de même supérieure en difficulté. Comme sa comparse Corse l’Andorre Ultra Trail est affiliée by UTMB et elle rapporte 4 points. Attention car cette course affiche 100km dans le titre et 108 km sur le papier mais réellement 112km et 7000mD+, un sacré morceau soyez en certain !!
Pour moi et mon compagnon d’aventure Alex, c’est une opération commando, car nous partons de Cherbourg le vendredi matin 14 juin -> arrivée Andorre le soir -> récupération des dossards -> bière -> dodo -> départ de la course le samedi matin 5h du mat’ -> Arrivée le dimanche matin dans la nuit -> Retour dans le Cotentin le dimanche, je vous laisse imaginer la tête des bonhommes au boulot le lundi matin🥴…

La tâche s’annonce complexe mais je planifie tout de même un plan ambitieux pour me motiver : si tout se passe bien je ferais les 108km en 24h au vu du terrain technique qui m’attend et de mon niveau actuel, cela me ferait arriver dans le 1er tiers des coureurs-> si vous allez au bout de ce récit vous verrez que je ferais les 112km en 24h30, pil poil dans mes temps « mission remplie ».


Samedi matin 4h50, Ordino petit village de montagne à 1300m d’altitude, il fait bon, nous sommes levés déjà depuis un moment car notre hôtel (très chouette) se situe à 3 km à pied en contrebas du village, donc petite marche d’échauffement obligatoire à 4h15. Après un contrôle par l’orga des balises GPS (suivi en temps réel), les 650 traileurs/ses s’entassent devant l’église au pied de l’arche numérique « made in UTMB » qui affiche le décompte, histoire de bien foutre les pétoches 😳. C’est le moment où tu commences à te dire que t’es obligé d’y aller sous peine de passer pour un con …

Je n’ai qu’une prière « faites que mon ménisque tienne » 🙏, en effet c’est mon premier ultra depuis mon IRM, 6 mois auparavant, où on me diagnostiquait une fissure traversante du ménisque externe gauche. Petite parenthèse technico pratique : je me suis fissuré le ménisque en changeant de prépa fin 2023 pour préparer le marathon de Paris, genou gonflé, examen et verdict : en plus de la fissure, une chondropathie rotulienne (usure excessive des cartilages, normal pour un gars de 46 ans) … C’est grave docteur !? En fait non pas vraiment, heureusement les dégâts ne sont pas trop importants, un peu de repos et fini le fractionné mais reprise progressive de la charge en trail et je dois dire (à l’heure où j’écris ces lignes, 9 mois plus tard) que je ne ressens plus aucune douleur « soulagement ».
4h59 Thunderstruck d’ACDC à fond les watts (ça réveille les bergers, les moutons et les patous 😅), avec Alex on s’encourage, on se reverra si tout va bien que le lendemain en espérant que les 2 terminent, il partira devant il est bien plus fort que moi !! Les conditions météos en haut s’étant dégradées, neige et vents glacials en altitude, cela oblige l’orga à dérouter le premier sommet situé à 2900m vers un autre col moins exposé aux conditions extrêmes. Que cela ne tienne, la première montée va calmer tout le monde, environ 1500m de d+, on n’est pas là pour rigoler, on le comprend vite.




Le 1er ravito et 1er sommet passés, nous arrivons au col de Botella. De superbes chevaux prennent du bon temp en liberté, trop beaux 😍 . S’ensuit une longue descente de 20km direction Andorre la Vieille, capital emblématique de ce petit état. C’est le début d’après-midi et je profite de la base de vie pour refaire le plein des gourdes, manger et reprendre quelques forces. La montée qui s’annonce promet de la souffrance et de la sueur, 18km/1800D+ dans la caillasse, rien que ça…


la montée se fait au train, un souci d’ordre gastrique me taraude le bide, il faut que je trouve une solution car ça me coupe les jambes, pas beaucoup de sapin dans le coin pour s’isoler 😁. Heureusement j’arrive au refuge de l’Illa (2475m) où des toilettes sèches dignes d’un Sergio Leone m’attendent, les petites choses sont souvent les plus grands bonheurs 🥲. Je repars plus léger et avec la patate, direction la seconde base de vie du Pic Maia (2400m) pour me requinquer au 65ième km et avec l’objectif d’en repartir avant la nuit.



L’ambiance au Pic Maia est top, musique, canapé en terrasse pour poser une fesse, j’en profite pour « noker » les endroits qui frottent, mettre la frontale et toujours le même rituel, remplissage des gourdes et du ventre. Je repars pour finir cette course de nuit, environ 55km et 1800D+ me séparent de la ligne d’arrivée, faut garder le moral. Pour être honnête je n’ai pas trop de souvenir du début de la nuit, le mode robot est enclenché, par contre je me rappelle très bien la gamelle que je prends au 80ième km où mon coude tape un muret, ça pique. Faute d’inattention et fatigue, j’étais en train de discuter avec un jeune qui faisait son 1er ultra, moi le 15ième… J’attends avec impatience le passage du pont tibétain, le 2ieme plus long au monde avec 603m de long au-dessus d’un torrent (le plus long est en république Tchèque avec 721m). Le problème en ultra est que quand tu attends trop quelque chose, ça devient vite très très long avant que cela n’arrive, et je suis un peu dans le mal. Enfin le fameux pont se présente à moi, majestueux suspendu dans les ténèbres. Il fait nuit donc je devine avec le bruit du torrent et le vent qui souffle le paysage que cela doit être en plein jour, l’expérience est réellement fascinante d’être aussi longtemps au-dessus du vide, très bon souvenir !!


Sorti du pont, sur le papier il me reste une vingtaine de bornes avec une montagne entre 2, sur le papier ouais… Quand j’attaque la bosse je suis entamé physiquement, je décide de la monter sans m’arrêter pour souffrir moins longtemps, pas con le gars 🤓. Arrivé en haut, je passe sur un pierrier en plein vent, je suis pétrifié de froid, mes vêtements ne sont pas à la hauteur de l’engagement, le bonhomme également… Au sommet la trace nous fait passer au bord d’un précipice, je suis à ce moment pris de nausées 🤢 et dans une situation que je qualifierai de délicate, impossible de me poser ici, il faut que j’avance pour me trouver un abri et m’habiller avec tout ce que j’ai dans le sac. Enfin j’arrive à trouver un gros rocher à l’abri, je m’assoie, essaye d’ouvrir mon sac en bloquant mes tremblements tout en luttant pour calmer mes nausées. Je sais que le plus dur est fait et qu’il me reste qu’à descendre vers des températures plus clémentes, j’ai acquis une certaine expérience qui me permet de temporiser et prendre les bonnes décisions. Un coureur me propose son aide, c’est cool comme moment de convivialité. Une fois le pantalon et le manches longues enfilés, je repars vers le dernier ravito, le refuge de Sorteny.
La fin est une fin d’ultra où il faut lutter dans la nuit avec ses douleurs et son envie de marcher dans la descente. Les 4km en plus (112km au lieu de 108km) titille mon humour 😡 très limité à ce moment précis, mais comme à chaque fois la ligne d’arrivée franchie procure ce sentiment d’accomplissement unique à ce genre d’épreuve, je l’ai fait c’est cool en 24h30, objectif rempli😎💪.


Alex a lui de son côté performé en un peu plus de 20h, chapeau, très grosse perf au milieu des montagnards aguerris 🤩 !!
Voila, si vous voulez vous frotter à un ultra montagnard, n’hésitez pas, les Pyrénées offrent toujours un terrain de jeu somptueux, à bientôt sur les chemins🏃 .
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