2023/08 Récit : GRP ULTRA TOUR 160

Le Grand Raid des Pyrénées dans la tête des traileurs est une course âpre sans bling-bling ni paillette, une sorte de « retour aux sources ». Cet événement est à la fois synonyme d’un défi physique, violent pour le corps et l’esprit mais pourtant reconnu comme un des plus chaleureux et apprécié dans le cœur des coureurs. Ne comptez pas sur moi pour critiquer en comparaison l’UTMB qui est tout le contraire du GRP, faut aller sur d’autres blogs 😅. Ces 2 événements ont chacun leur valeur, leur histoire (d’ailleurs pourquoi autant de gens s’inscrivent sur l’UTMB alors que tout le monde critique son système financier ? c’est un autre débat dont je me fous complètement, fin de la parenthèse…). Moi j’aime les 2, et il est vrai que le GRP m’a particulièrement touché par sa bienveillance.

J’aborde cette course dans un mauvais état d’esprit. Une sorte de lassitude m’a gagné dernièrement, je n’ai plus envie de courir d’ultra, j’entends par là des 100miles. C’est trop de souffrances, de contraintes, d’engagement, c’est pourtant ma passion donc je ne comprends pas trop ce qui m’arrive. De plus je me suis inscrit sur le 160 alors que tous les copains sont sur le 120 ou 80. Je ne sais pas pourquoi j’ai cliqué mais maintenant il faut que j’assume… peut-être aussi la raison de mon lâcher prise 6 jours avant la course où j’ai fêté les retrouvailles avec des copains, couché à 3h du matin complètement éméché 🥳🤤… résultat je commence à être malade le lundi, début de laryngite, no comment…

Nous partons le mercredi matin de Cherbourg pour 10h de route, Cédric, Yo, et Nico. Nous devons rejoindre sur place dans un grand gîte toute une délégation Cotentrail, nous sommes une dizaine à courir, c’est top !!

Il fait une chaleur de bœuf, 41°C, heureusement la météo annonce une chute des T° pour le vendredi. Par contre le risque d’orages est prépondérant, ce qui alimente encore plus nos craintes, ajoutez à cela les patous 🐶, les ours 🐻, et la difficulté de la course ⛰️, la sérénité est restée à Cherbourg 😅. Nous arrivons à Saint Lary le soir, l’ambiance est chaleureuse, la montagne comme j’aime !!

La rue animée de Saint Lary
Visualisation des parcours
Attente devant les championnats du monde d’althé….quoi de mieux
Récupération des dossards
Briefing d’avant course, y a du monde !!

Ma course fait 166km et 10000m de D+, avec des montées longues et techniques, un sommet à 2900m, c’est un monstre qu’il va falloir ingugiter à la petite cuillère sous peine d’indigestion 🥴 . J’ai prévu 36h en top forme et moins de 40h si pépins.

Vielle Aure : Km 0 / 0md+ / 0h00 / 0ieme/600 inscrits

Vendredi, 4h50, je contemple les portraits affichés des « gueules de GRPistes » comme on les appelle ici. Une sorte de galerie rendant hommage aux valeureux qui sont sortis « vivants » des Pyrénées. J’ai le vague à l’âme car je me sens pas aussi fort qu’eux à ce moment là. Cela fait 2 nuits que je ne dors pas à cause de ma toux qui se dégrade, j’ose pas imaginer dans quel état je vais être dans quelques heures…

Gueules de GRPistes
Le selfie de la peur avec Benoit

Je retrouve Benoît, un traileur que j’ai connu sur l’ultra di Corsica, on avait fait un bout de chemin ensemble. Il me raconte ses dernières expériences, Transmartinique, la Diag’, whaou quelles expériences !! La musique de Coldplay démarre enfin, fini les questions place à l’action, mes speedggoat 5 neuves sont bien serrées (j’ai reproduit le schéma de l’UTMB en partant avec des chaussures neuves, je ne regretterai pas mon choix), ma frontale Stoots bien vissée sur la tête, c’est parti 😱 !!

Après quelques km roulants pour sortir du village, nous attaquons un montée sur piste large. Mon plan de bataille est de découper la course en 4 comme pour les relais, 4 x 40km ça fait moins peur que 160 d’une traite…On discute avec Benoit de nos projets, c’est cool mais le sachant meilleur que moi je ne veux pas le suivre trop longtemps.

Pour rejoindre le col de Bastanet, sur les 20 premiers km nous prenons d’entrée 2000 de d+ !! ça ne rigole pas mais ce qui est pris au début n’est plus à prendre à la fin 🤓. En montant je suis subjugué par le paysage qui s’offre à moi : une mer de nuage telle une chantilly qui recouvre la vallée avec en prime un magnifique levé du soleil, pas de doute je suis là où je voulais être 🤩

Col de Bastanet : Km 21 / 2000md+ / 03h44 / 178ieme

Arrivé en haut à 2500m d’altitude, il fait beau, je traîne pas et attaque la descente vers la Mongie (beaucoup de ravitos sur cette course sont de grandes références au cyclisme et aux étapes du tour de France). Les 10 derniers km sont une succession de découvertes de lacs d’altitude, c’est magnifique, j’aimerais y revenir poser la tente en rando !!

La Mongie : Km 31 / 2450md+ / 5h50 / 187ieme (+9)

L’arrivée à la Mongie douche un peu nos morals, en effet la météo y est plus qu’humide, comme dit la bénévole « on vous a sorti le brumisateur 😒😅 » , on n’y voit pas à 10m. Pour l’instant physiquement tout répond bien j’ai des bonnes jambes, par contre je tousse et racle toutes les 20 secondes, c’est chiant…Je prends soin de me nocker les orteils car ils ont chauffé et un début d’ampoule apparaît, signe à prendre très au sérieux sur un ultra. Je ne traine pas et repars direction le Pic du Midi et le beau temps en altitude 🌞.

On voit d’ici le sommet du Pic du midi et sa station météo…ça fait loin 🙄

Le vent monte sérieusement quand j’arrive au col de Sencours au pied de la montée vers le Pic. La montée vers le sommet est assez simple, longue piste carrossable. J’ai vraiment bien aimé le fait de croiser les coureurs qui redescendent, je trouve ça sympa, les descendeurs encourageant les monteurs. J’y croise d’ailleurs Benoît avec qui on se tape dans les mains ✋️

Pointage au sommet

Pic du Midi : Km 42 / 3808md+ / 8h45 / 192ieme (+5)

J’attaque la descente vers le col Sencours où m’attend un ravito bien dans son jus 👍. On m’a prévenu plusieurs fois de me méfier de la portion qui arrive jusqu’à Hautacam car pas d’appro en eau et terrain très technique. Je charge bien mes 3 gourdes, ingurgite une soupe de vermicelles exquise (j’oublie pas de remercier et complimenter les bénévoles), je renoke mes ortiaux qui bouillonnent et repars au combat. A ce moment précis j’ai un claquage du moral 😮‍💨… « qu’est ce que je fous là, je veux une bière » je commence à élaborer un plan machiavélique « je vais dire à tout le monde que je suis blessé, comme ça j’arrête au 80ieme, ce soir bière et après je me mets à la dance, ouais c’est un super plan »…dans ma tête la course est bâchée, terminado, je vais pendant 6h peaufiner mon plan d’abandon 🤡, j’ai même pas honte. Je continue à avancer tout de même, la météo est moins bonne et j’évolue dans une sorte de brouillard humide, dommage pour les paysages, pas de vue sur le lac bleu. Physiquement je pêche un peu mais arrive quand même à avancer tant bien que mal. Le cailloux est roi ici. C’est très technique la preuve en image :

Hautacam : Km 64 / 4600md+ / 13h33 / 200ieme (+8)

J’arrive à Hautacam en fin d’après-midi, les bénévoles font la fiesta, c’est vraiment sympa. Le moral toujours bas, le physique toujours bien, je rumine. Pas de décision avant Pierrefitte et un coup de tel à Sophie et aux filles. Pour avoir déjà vécu ces moments là, c’est comme ci une autre personne prenait le contrôle de toi, une sorte de « moi diablotin » comme dans les cartoons, d’où l’importance d’écouter ses proches avant de rendre le dossard. La descente en sortie d’Hautacam n’est pas top, passage dans des buissons où on voit à peine le chemin puis descente dans des herbes hautes casse-gueules à souhait. Je rejoins 2 coureurs, Christophe et une femme dont je ne connais pas le nom. Sans le savoir cela va changer le reste de ma course😉. Nous discutons, leur détermination m’interroge. Ils sont sur leur 1er ultra et l’envie d’en découdre pour être finisher est plus forte que tout, c’est beau et je me sens en décalage presque honteux de ne pas profiter du moment.

Base de vie de Pierrefitte : Km 75 / 4700md+ / 15h28 / 187ieme (-13)

Nous arrivons à la base vie, Christophe est partant pour qu’on court la nuit ensemble, je lui dit que je dois appeler ma femme (pour abandonner comme une 💩 ) avant de me changer et de manger. La tonalité puis Elsa décroche (merde il va falloir en plus que je me justifie auprès de mes filles 👹), elle me passe Sophie, j’explique la situation, j’essaie d’argumenter la réponse, la réponse ne traine pas « t’es blessé ? -> heu non -> donc tu continues » puis elle me passe Anna « Papa je veux la médaille pour mettre avec les autres stp » puis Elsa « Papa je voudrais vraiment que t’ailles au bout de cette course stp », ok j’ai compris c’est un complot et je n’ai pas le choix, je regarde Christophe assis à une table à côté et lui lance « on passe la nuit ensemble ? » (je ne pensais pas prononcer cette phrase un jour à un homme 😅) il me répond « si la vitesse te convient, ok ». A partir de ce moment et jusqu’à la fin je ne penserai plus une seconde à abandonner. Les bénévoles à la base vie sont d’une gentillesse exceptionnelle !! Merci à eux pour l’accueil chaleureux et pour le service ❤️.

Nous sortons de cette base vie requinqués, la nuit tombe et une patate de 1800m peu technique nous attend. Je suis bien hormis ma toux qui ne me lâche pas en continu. J’ai envie d’accompagner Christophe jusqu’à l’arrivée, nous échangeons un peu sur nos vies sans trop parler, ça me convient parfaitement, je suis bien et heureux d’être là.

Christophe donne le tempo en montée et moi en descente, on s’entend bien comme ci on se connaissait depuis des années. La pluie commence à faire son apparition par intermittence, pas bon signe.

Nous arrivons à Cauterets après une longue descente vers 2h du matin. Je vous avoue avoir la mémoire qui flanche sur ce passage, la fatigue me harcèle, 3ieme nuit sans dormir rien d’étonnant. Je sais qu’il commence à pleuvoir fortement au départ du ravito et que l’on va « manger  » sérieusement entre la pluie, le vent et le froid sur les hauteurs. Nous repartons pour une montée de 1000m et faisons équipe avec une jeune femme. Je trouve la nuit au delà des conditions météo pas inquiétante. Les hallucinations visuelles commencent, je n’en aurai jamais eu autant sur une course : tous les cailloux me sourient 😁, des milliers de smiley, je vois aussi des quartiers résidentiels sur les côtés, normal à 2000m d’altitude😅 !!

Juste après le sommet, nous faisons un stop à Aulian, des crêpes nous y attendent 😋, le pied, j’en profite pour me changer et mettre le pantalon de pluie, je suis frigorifié, il pleut sans discontinue. La descente qui suit n’est vraiment pas à mon gout, boue et herbe glissante, on se vautre les uns après les autres, grosse galère !! Le jour se lève en même temps que l’orage heureusement sans conséquence.

Nous arrivons à la seconde base vie, je récupère mon sac d’allègement et en profite encore une fois pour me changer, mine de rien on vient de prendre 6h de pluie sur la tronche. Christophe n’en a pas préparé un et il regrette ce choix. Il a un objectif, finir sous les 40h son 1er 100miles, cela nous donne une mission, on se motive et repartons pour le dernier morceau, un dessert de choix : 43km et 2500m avec un première montée de 2000m puis une fin plus cool.

On attaque gentiment la montée vers Tournaboub, dès qu’on peut on relance l’allure. Un traileur nous double et nous conseille d’allonger la foulée pour étirer en même temps les muscles. On essaie, et là miracle, passé les douleurs de l’accélération, nous courrons à une bonne allure et souffrons beaucoup moins. Nous arrivons à Tournaboup, Christophe est gonflé à bloc 💪 et me dit « mange un truc au ravito moi je repars et tu me rejoins », ok.

Je ressors du ravito, il fait maintenant chaud, la montée jusqu’aux cabanes est un enchevêtrement de cailloux à franchir, cela me rappelle la Corse (Bocca Alle Porte), j’ai un coup de moins bien. En fait je suis en hyper ventilation à cause de ma toux, il va falloir que je m’accroche. Les coureurs du 80km me doublent et me félicitent (dossard rouge = 160km). Je suis dans le mal, je tousse, respire fort, titube, c’est à ce moment précis que je sens une présence, je me retourne et là comme dans un rêve Sylvaine Cussot 🤤 me regarde avec ses grands yeux rieurs et me dit « ça va, tu te sens bien ? » Ne sachant pas trop si c’est une nouvelle hallucination et restant un peu con (je sais on reste comme on est) je réponds un ouiaf la morve au nez et le sourire niais, je suis pitoyable mais cela aura au moins le mérite de me rebouster !!

Vue après les cabanes d’Aygues Cluses

Je retrouve Christophe avant le ravito d’Aygues Cluzes, le schéma est simple il reste selon le bénévole 700m de d+ découpés en 3 : 300+150+250. Nous repartons bien décidé à finir en beauté. On double du monde sur la fin, on attaque la descente pleine balle, la fin est longue pour le genou de Christophe mais il s’accroche. Enfin la civilisation, les encouragements des spectateurs, le speaker, la musique, ça fait un bien fou, quel pied après autant d’efforts !!

Le panneau qui fait plaisir 🤩
Gueules de GRPistes 😄

Je retrouve les copains qui me paye une bière 🍺, j’apprends que Yo a fini 4ème sur le 120km (1er Master 1) quelle perf 💪!! Les autres ont fait des supers courses, sur le 120km, Seb En 25h et une fin à 4 pour Victor, Cédric, Nico B, Maxime et à 2 pour Xavier et Nico L (avec une grosse chute en option). Un gros bravo aussi à Florence pour son 80 km avec une fin sous les orages 💪, fallait être très costaud !!

Trop fort ce Yo !!
Nico B, Victor, Cedric, Maxime
Xavier et Nico L dit le cascadeur 😄
Florence 💪

49% d’abandons sur l’ultra, preuve de la difficulté de cette course, la veste Finisher n’est pas usurpée. Un grand merci à l’orga et aux bénévoles, votre évènement est vraiment un monument du trail grâce à vous et à vos belles montagnes ❤️!!

Et cette lassitude alors !? En fait j’ai passé un de mes meilleurs week-end trail, pourquoi ? Le partage les amis, eh oui, partir à plusieurs, avec cette bande de joyeux lurons m’a rappelé pourquoi j’aimais tant ce sport. Le fait de partager les mêmes émotions : résilience, émerveillement et bien d’autres… Le trail c’est avant tout une histoire de communion avec soi-même, la nature et les copains ❤️.

A bientôt sur les chemins 🏃‍♂️ 😉

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